Au cœur du développement de l’innovation en Nouvelle-Calédonie, le Service de l’Aménagement et de la Planification (SAP) du gouvernement joue un rôle l’accompagnement des porteurs de projets et la coordination de dispositifs de financements. Dans une volonté de rendre l’information plus lisible et accessible, le gouvernement lance la plateforme innovation.nc, conçue comme un point d’entrée unique pour orienter les Calédoniens qui développent des projets innovants. Retour sur le rôle de ce service transversal et sur les ambitions d’Innovation NC avec Léna Heuea, cheffe de projet au SAP.
Bonjour Léna, pour commencer peux-tu te présenter et nous parler de ton rôle au SAP ?
Bonjour, je m’appelle Léna. Je travaille au Service de l’Aménagement et de la Planification (SAP) depuis 2024.
Je viens initialement du monde de l’accompagnement des startups. J’ai notamment participé à la structuration du pôle innovation à l’ADECAL, où nous travaillions déjà en appui du gouvernement sur certains dispositifs, dont Territoires d’Innovation Nouvelle-Calédonie (TI-NC).
C’est comme ça que j’ai découvert, assez concrètement, la mécanique des dispositifs publics et surtout les enjeux très opérationnels qu’il y a derrière : accompagner des projets, sécuriser des financements, faire avancer des choses sur le terrain.
Aujourd’hui, au SAP, j’assure le suivi opérationnel et financier de TI-NC et de France 2030 Nouvelle-Calédonie. J’accompagne aussi les porteurs de projets dans le déploiement de leurs actions, avec tout ce que ça implique au quotidien.
Je travaille également sur la mise en œuvre de la Stratégie Pays de l’Innovation (SPI) et nous sommes en train de structurer une stratégie dédiée à la recherche. L’idée, derrière tout ça, reste la même : créer des conditions plus favorables pour faire émerger et développer des projets sur le territoire.
Comment le SAP accompagne les porteurs de projet dans le développement de leurs projets innovants ?
Le SAP a une position un peu particulière, parce qu’il intervient de manière transversale sur les politiques publiques. Ça nous permet d’avoir une vision assez large de l’écosystème.
Dans les faits, on est souvent un premier point de contact. Les porteurs arrivent avec une idée, parfois très claire, parfois encore floue, et notre rôle, c’est de les aider à s’orienter : vers le bon dispositif, le bon financement, le bon interlocuteur.
Un des enjeux, très concrets, c’est d’éviter que les porteurs s’épuisent à chercher par eux-mêmes dans un système qui peut vite paraître complexe. Plus on fluidifie ces parcours, plus on augmente leurs chances d’aller au bout.
Lorsqu’un projet est éligible à nos dispositifs, nous pouvons également accompagner les porteurs dans leur démarche de candidature, que ce soit pour clarifier leur positionnement, structurer leur dossier ou sécuriser leur dépôt.
Depuis combien de temps sont en place les dispositifs France 2030 et TI-NC ? Quel bilan en tires-tu ?
TI-NC est un dispositif issu d’un appel à projets national remporté en 2019. En sept ans, plus d’une vingtaine de projets ont été accompagnés, avec une enveloppe de plus de 700 millions de francs CFP.

Ce sont souvent des projets ambitieux, notamment autour de la préservation et de la valorisation de la biodiversité, avec des investissements lourds et des cycles de développement longs. On a vu des trajectoires très différentes : certains projets se sont structurés à l’international, comme FireTracking ; d’autres sont encore en phase de consolidation avant d’accélérer, comme Neofly.
Ce que je retiens surtout, c’est que TI-NC a permis de rendre possibles des projets qui, sans ce type de soutien, auraient eu beaucoup plus de mal à voir le jour ici. Et, progressivement, ça contribue aussi à structurer un écosystème qui reste encore en construction.
Pour France 2030 Nouvelle-Calédonie, dans sa forme actuelle lancée en mars 2025, la dynamique est forte : plus de la moitié de l’enveloppe a déjà été engagée.
Le dispositif est intéressant parce qu’il couvre plusieurs dimensions – innovation, filières, formation – et qu’il permet d’intervenir à différents niveaux de maturité des projets. Depuis la fin de l’année dernière, un accompagnement au montage des dossiers a également été mis en place, ce qui constitue un levier important pour faciliter l’accès aux financements. L’enjeu maintenant, c’est de continuer sur cette dynamique et de mobiliser pleinement les enveloppes d’ici fin 2026.

Comment travaillez-vous avec vos partenaires ? Travaillez-vous en lien avec des structures d’accompagnement ?
Oui, et c’est même indispensable. Sur un territoire comme la Nouvelle-Calédonie, personne ne peut travailler en silo. Les acteurs se connaissent, se croisent, et doivent apprendre à fonctionner ensemble.
On travaille au quotidien avec Bpifrance, la Banque des Territoires, mais aussi avec les structures d’accompagnement et les réseaux locaux comme les chambres consulaires, Impulseo, la French Tech Nouvelle-Calédonie, Initiative NC, etc.
L’enjeu, ce n’est pas juste de collaborer, c’est d’articuler intelligemment les rôles : qui fait quoi, à quel moment, avec quel levier. C’est ce qui permet d’éviter les doublons… et surtout de mieux accompagner les porteurs.
Qu’est-ce qui a motivé la création du site innovation.nc ? Quels sont les objectifs de cette plateforme ?
Le point de départ, ce sont les retours des porteurs. Beaucoup nous disaient qu’ils avaient du mal à s’y retrouver : trop d’informations dispersées, pas toujours claires, pas toujours accessibles au bon moment. innovation.nc est né de ce constat assez simple : il fallait rendre tout ça plus lisible.
L’idée, c’est qu’un porteur de projet, qu’il soit au stade de l’idée ou déjà bien avancé, puisse comprendre rapidement où il en est, ce qui existe pour lui, et vers qui se tourner. On a donc construit une plateforme qui centralise les dispositifs, les ressources, les actualités… mais surtout qui simplifie le parcours. L’objectif, au fond, c’est de faire gagner du temps aux porteurs – et de leur éviter de décrocher en cours de route.
Quelle sera l’évolution d’Innovation NC dans les années à venir ?
La plateforme est amenée à évoluer avec l’écosystème. Elle va continuer à relayer les appels à projets, y compris nationaux et internationaux, pour élargir le champ des opportunités accessibles aux entreprises calédoniennes. Mais elle a aussi un rôle plus subtil : rendre l’innovation plus concrète.
On voit souvent des porteurs qui doutent de la légitimité de leur projet, qui se disent que ce n’est “pas assez innovant” ou que ce sera trop compliqué. Mettre en avant des projets qui existent, qui se développent ici, dans des secteurs variés, ça permet de contribuer à lever ces freins. Ça montre que c’est possible et que ça peut commencer à une échelle très simple.

Un conseil pour un porteur de projet qui aimerait se lancer ?
Ne pas rester seul. C’est quelque chose qu’on voit très souvent : des porteurs qui avancent longtemps dans leur coin, par prudence ou par peur de “perdre” leur idée. En réalité, ça les ralentit plus qu’autre chose. Certains s’épuisent et abandonnent.
S’entourer, confronter son projet, en parler… ça permet d’aller plus vite, mais aussi de prendre de meilleures décisions, en s’appuyant sur des compétences complémentaires. Et surtout, il ne faut pas surestimer la valeur de l’idée seule. Ce qui fait la différence, c’est la manière dont elle est mise en œuvre. Et ça, ça se construit rarement seul.