Philippe Gadet n’est pas du genre à rester sur le bord de la piste. Fondateur d’OPS Insight, cette startup calédonienne créée en 2024 s’attaque à l’un des défis les plus complexes de l’industrie aéronautique et spatiale : rendre la réglementation lisible par les machines et utilisable par tous. Grâce au programme INSPIRE porté par Innovation NC, OPS Insight est devenue la première startup néo-calédonienne incubée par l’Agence spatiale européenne. Rencontre avec un entrepreneur qui voit grand, depuis Nouméa.
BONJOUR PHILIPPE. PEUX-TU TE PRÉSENTER ET NOUS PRÉSENTER OPS INSIGHT ?
Je m’appelle Philippe Gadet, je suis fondateur d’OPS Insight, une startup créée en 2024. Nous développons WingMate, une plateforme d’intelligence artificielle dédiée à la gestion de la conformité réglementaire dans les secteurs aéronautique et spatial. L’objectif est de faciliter les process métiers des compagnies aériennes : permettre à n’importe quel collaborateur d’interroger en langage courant une réglementation extrêmement complexe – tableaux, graphiques, renvois croisés entre articles – et d’obtenir une réponse précise et exploitable, sans être un expert en ingénierie de prompt.

DE QUEL PROGRAMME AS-TU BÉNÉFICIÉ ET QU’A-T-IL APPORTÉ À OPS INSIGHT ?
Nous avons bénéficié du programme INSPIRE porté par Innovation NC, avec l’accompagnement de Kevin Decludt. C’est ce programme qui nous a ouvert les portes de l’écosystème spatial européen.
INSPIRE a été une vraie clé d’accès à un milieu très particulier. Quand on est en Nouvelle-Calédonie, on n’a aucun lien structurel avec le spatial. Si vous appelez l’Agence spatiale européenne depuis Nouméa, rien ne se passe. Kevin nous a accompagnés humainement à travers cet écosystème et permis d’accéder directement à l’ESA, ce qui a fait d’OPS Insight la première startup calédonienne incubée par l’Agence spatiale européenne.
Cette opportunité s’est traduit par notre entrée dans le projet ECSS NextGen, une initiative de l’ESA qui vise à moderniser et digitaliser l’ensemble du système de normalisation spatiale européen. Nous avons une première réunion technique dans ce cadre pour définir notre contribution potentielle. L’enjeu pour nous, ce n’est pas d’être en concurrence avec l’ESA, ce serait absurde, mais de venir compléter ce qu’ils construisent avec ce qu’on a déjà développé.

Au-delà de cette connexion, INSPIRE illustre quelque chose d’important pour l’écosystème calédonien : il y a des startups ici qui n’imaginent pas avoir une dimension spatiale et le programme crée justement ce lien. C’est ouvrir des portes qui n’existent tout simplement pas autrement.
OÙ EN EST L’ACTIVITÉ D’OPS INSIGHT AUJOURD’HUI ET QUELLES SONT LES PROCHAINES ÉTAPES DE SON DÉVELOPPEMENT ?
Aujourd’hui, on dispose d’un proof of concept fonctionnel sur un périmètre ciblé. La brique de départ, c’est la capacité à aller chercher une donnée précise dans une réglementation complexe, pas seulement du texte linéaire, mais des tableaux, des graphiques, des renvois croisés. C’est là où les grands modèles de langage atteignent leurs limites. Nous, on décompose la réglementation pour que le modèle puisse l’interpréter de manière quasi-complète, avec toujours une vérification humaine en sortie. Ce POC démontre que c’est faisable, spécifiable et adaptable aux spécificités aéronautiques et spatiales.
La suite se joue en trois temps : d’abord un business angel pour renforcer ce POC et passer à un MVP, un produit qui nous emmène vers une première production. Ensuite, en 2027, une levée de fonds pour passer à l’échelle et étoffer l’équipe, côté développement, support client et évolutions produit.
Notre fenêtre d’opportunité, je l’estime à 12-18 mois et je suis plus proche des 12. Les grandes structures n’ont pas encore investi le marché aéronautique et spatial avec des solutions verticalisées, mais elles vont s’y intéresser. Notre course, ce n’est pas contre les grands modèles génératifs, c’est contre des acteurs hyper-spécialisés qui cherchent à gagner du temps et de l’argent sur ces marchés précis.
Et tout ça, l’objectif c’est de le faire depuis la Nouvelle-Calédonie. C’est un vrai challenge, avec ses paradoxes : l’accès aux interlocuteurs peut être plus direct ici, mais aussi plus lent. Pour nous accompagner dans la dimension IA du projet, on est en discussion avec IncubAlliance, l’incubateur deeptech de Paris-Saclay, pour intégrer un Master 2 en intelligence artificielle dans l’équipe. Et j’espère que cet apport bénéficiera à l’ensemble de l’écosystème calédonien.
Plus d’infos sur WingMate by OPS Insight ?