Lancé en 2019 à l’initiative du CNES, le Space for Climate Observatory (SCO) rassemble aujourd’hui 61 agences spatiales et institutions scientifiques autour d’un même objectif : transformer les données d’observation de la Terre en outils concrets d’adaptation au changement climatique. Chaque année, un appel à projets permet à des équipes – chercheurs, collectivités, startups, PME… – de faire labelliser et financer des services opérationnels répondant à des enjeux climatiques réels.

Dans ce cadre, 140 projets ont déjà été soutenus dans 57 pays ; la Nouvelle-Calédonie, territoire insulaire exposé en première ligne aux effets du dérèglement climatique, a toutes les raisons de s’y faire une place, notamment grâce à ce nouvel appel à projet lancé depuis le 7 septembre 2026… et certains de ses entrepreneurs ont déjà franchi le pas via le dispositif INSPIRE !

Une initiative internationale au service des territoires

Le « Space for Climate Observatory » part d’un constat simple : les satellites qui observent notre planète en continu génèrent une quantité colossale de données sur l’évolution des côtes, des ressources en eau, des forêts, des risques naturels ou de la qualité de l’air etc. Ces données existent déjà mais le défi consiste aujourd’hui à les transformer en outils accessibles et opérationnels, capables d’éclairer les décisions des collectivités, des entreprises et des gestionnaires de territoire au quotidien, là où les cycles d’étude traditionnels arrivent trop tard.

Et c’est précisément la vocation du SCO : créer un cadre international de labellisation, d’accompagnement et de financement pour des projets qui font le pont entre données spatiales et besoins concrets des territoires. Depuis sa création en 2019, le SCO a réuni 61 signataires (agences spatiales nationales, centres de recherche, organisations internationales…) et labellisé 140 projets dans 57 pays. Les thématiques couvertes sont vastes : surveillance des littoraux et de l’érosion côtière, gestion des inondations et des sécheresses, qualité de l’eau et des milieux marins, cartographie de la biodiversité, adaptation des activités agricoles, qualité de l’air en milieu urbain… Tout pour comprendre notre planète et agir plus vite et plus efficacement !

Space for Climate Observatory Nouvelle-Calédonie
Le © SCO lance son nouvel appel à projets France

Pour un territoire comme la Nouvelle-Calédonie, île du Pacifique Sud exposée à la montée des eaux, à l’intensification des cyclones, à la dégradation des récifs et à la pression sur ses ressources marines, la pertinence du dispositif est évidente. En effet, les enjeux climatiques qui menacent le territoire sont exactement ceux que le SCO a vocation à adresser et les compétences locales en observation spatiale, en gestion des milieux marins et en innovation environnementale ont tout pour s’inscrire dans cette dynamique.

Pour illustrer concrètement la diversité des projets soutenus, Mélina Cocheteau, référente CNES pour la Nouvelle-Calédonie, nous a partagé plusieurs exemples particulièrement en résonance avec les enjeux du territoire : SCOAST-DT, dédié à la surveillance des côtes avec un site utilisateur en Nouvelle-Calédonie ; ARBOCARTO, utilisé dans les territoires ultramarins pour la gestion des populations de moustiques ; DEW-PH, qui vise à renforcer la résistance à la sécheresse dans le secteur agricole ou encore STRATA, qui cartographie à l’échelle mondiale les points chauds où stress environnementaux et vulnérabilités socio-économiques convergent.

« La plupart de nos projets ont vocation à être duplicables dans le monde entier, mais ces thématiques sont peut-être plus spécifiques aux défis du Pacifique », souligne-t-elle.

Qui peut candidater, comment et avec quel soutien ?

L’appel à projets « SCO France » ne cible pas un profil type : une startup, une PME, une collectivité locale, une association ou même un auto-entrepreneur peuvent porter un projet, à condition de s’inscrire dans une logique de consortium ; la seule obligation est d’identifier un territoire d’étude et un utilisateur final du service développé ; de plus, la présence d’acteurs scientifiques est fortement recommandée : le SCO peut aider à les identifier si le consortium n’est pas encore complet au moment du dépôt.

Space for Climate Observatory Nouvelle-Calédonie

Sur le fond, toutes les thématiques liées aux impacts du changement climatique sont recevables et il n’existe pas de priorité imposée d’une année sur l’autre : ce qui compte, c’est que le projet mobilise des données satellitaires, réponde à un besoin concret et produise un outil opérationnel dans les 12 à 24 mois suivant la labellisation. Les thèses et projets de recherche fondamentale ne sont donc pas éligibles car le SCO cherche des projets qui livrent un produit utilisable, avec un niveau de maturité technologique (TRL) initial compris entre 5 et 6. Néanmoins, un projet peut toutefois constituer une brique d’un programme plus ambitieux ou donner lieu à une version ultérieure.

Le processus de sélection repose sur une fiche de candidature de 4 pages maximum, évaluée par un comité réunissant des représentants des institutions partenaires du SCO France et International ; les projets sont classés en trois catégories : A (label accordé directement), B (quelques semaines pour améliorer le dossier avec les évaluateurs) ou C (projet non retenu ou insuffisamment mature). Cette gradation permet un dialogue constructif avec les porteurs proches du seuil plutôt qu’un simple rejet.

Sur le plan financier, le SCO n’est pas un guichet de financement à proprement parler : c’est un label qui ouvre des portes et certaines institutions partenaires telles que le CNES, l’ADEME, l’Office français de la biodiversité par exemple, peuvent abonder tout ou partie d’un projet selon leurs propres critères, principalement sur les dépenses de ressources humaines. Par ailleurs, le label est par ailleurs cumulable avec d’autres financements comme France 2030. Point important, pendant la phase projet, le CNES facilite également l’accès à des données satellites haute résolution (images Pléiades et Pléiades Neo) via le dispositif DINAMIS, quasiment gratuitement.

Pour déposer un projet, rendez-vous sur la plateforme en ligne du SCO où vous trouverez également une FAQ complète qui répond aux questions fréquentes sur la nature des projets, la constitution des consortiums et les modalités de financement mais également deux webinaires d’information sont organisés à chaque lancement d’appel à projets. Pour la Nouvelle-Calédonie spécifiquement, les interlocutrices au sein du CNES sont Mélina Cocheteau et Célie Losada.

Space for Climate Observatory Nouvelle-Calédonie

La Nouvelle-Calédonie déjà dans la dynamique !

Plusieurs projets calédoniens ont déjà intégré l’écosystème SCO, prouvant que le territoire dispose à la fois des compétences et des enjeux pour occuper une place dans ce réseau international.

  • Tauhā / Tahatai Neo – Surveillance littorale dans le Pacifique : Le projet le plus récent est porté par Tauhā, la startup fondée par Rémi Andreoli. Géomorphologue de formation, passé par l’Agence Spatiale Européenne puis par seize ans de développement des applications spatiales en Nouvelle-Calédonie, Rémi Andreoli a créé Tauhā pour répondre à un problème que connaissent tous les territoires insulaires : malgré l’accessibilité des données, on constate souvent les dégâts trop tard. La startup développe des stations de surveillance autonomes qui transforment des millions de données satellitaires en alertes opérationnelles : qualité de l’eau pour les fermes aquacoles, érosion côtière, évolutions anormales du territoire qui précèdent les crises. Dans le cadre d’un projet de surveillance littorale déployé en Polynésie française, Tauhā a intégré la dynamique du SCO sous la bannière Tahatai Neo, soit le passage à l’échelle naturel du projet Tahatai originel. Pour Rémi Andreoli, cet accompagnement « représente une opportunité majeure de connecter notre démarche à un écosystème international de premier plan et de contribuer à faire émerger des solutions spatiales concrètes. » Du côté du SCO, le projet a particulièrement retenu l’attention.

« Ce qui nous a impressionnés, c’est la maximisation des données satellite, y compris auprès de fournisseurs privés du NewSpace et un partage constant des avancées avec des démonstrations mettant les équipes en mode utilisateur. On constatait par nous-mêmes le potentiel de l’outil », Mélina Cocheteau.

BlueTech Nouvelle-Calédonie
© Innovation NC / gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
  • EO4DroughtMonitoring – Un précédent qui fait école : Avant Tauhā, un premier projet calédonien avait déjà ouvert la voie : EO4DroughtMonitoring, labellisé en 2021, a développé un outil d’aide à la décision pour appréhender le phénomène de sécheresse par satellite. L’histoire ne s’est pas arrêtée là : fort des algorithmes développés et de l’expérience acquise, le porteur de projet InSight s’est associé à un autre membre du réseau SCO, MEOSS, pour mener le projet EO4AgriWater, spécialisé en gestion intelligente de la ressource en eau agricole par satellite. Un bel exemple de la dynamique de collaboration que le label SCO peut générer au-delà du projet initial.

Ces exemples montrent que la Nouvelle-Calédonie n’est pas seulement un terrain d’application pour des solutions venues d’ailleurs : elle est capable de produire des innovations adaptées à ses réalités et exportables vers d’autres territoires du Pacifique. C’est précisément l’ambition du SCO et une opportunité que les entrepreneurs calédoniens, particulièrement exposés aux enjeux climatiques de la région, ont tout intérêt à saisir.

Le prochain appel à projets est ouvert du 7 septembre au 15 novembre 2026. Il reste du temps pour préparer les dossiers et bénéficier de l’accompagnement de cet allié venu de l’espace !

Pour en savoir plus :