ScorX certification ISO Nouvelle-Calédonie

RESCO (Recyclage et Économie de la SCOrie) est une startup calédonienne qui valorise les scories de nickel issues de l’industrie métallurgique locale. Son produit ScorX, abrasif certifié ISO 11126, produit à 100 % à l’énergie solaire, a obtenu sa certification en juillet 2026. Le 3 septembre, Steve Corroyer pitchait devant des investisseurs, chercheurs et décideurs australiens et régionaux lors du side-event BlueTech organisé par la French Tech NC à la Station N, en marge du forum AFRAN « From UNOC-3 to COP31« . Discussion avec un fondateur qui vise désormais à exporter dans la région Pacifique…

ScorX est un abrasif certifié, produit à 100% sur énergie solaire à partir de scories de nickel calédonien. Quand avez-vous été certifié et qu’est-ce que cette certification représente concrètement pour vous en termes de processus, de temps, et de ce qu’elle ouvre comme portes sur le marché ?

ScorX certification ISO Nouvelle-Calédonie
La scorie de nickel ScorX de © RESCO

SCORX est certifié conforme à la norme ISO 11126, qui définit les spécifications des abrasifs non métalliques à base de laitier de nickel pour la préparation des surfaces d’acier avant peinture, ainsi qu’aux méthodes d’essai de la série ISO 11127. La certification a été obtenue en juillet 2026.

Le chemin a été long ! Il a fallu investir dans un outil industriel capable de produire des abrasifs conformes aux normes et à qualité constante, multiplier les essais et, surtout, construire notre propre laboratoire pour assurer le contrôle continu de chaque lot ; c’est probablement l’investissement le moins visible mais le plus structurant : sans traçabilité par lot, il n’y a pas de certification qui tienne dans le temps.

Concrètement, cette certification ouvre le champs des possibles et principalement les chantiers à cahier des charges normé. Naval, ouvrages d’art, industrie, marchés publics, sous-traitance de grands donneurs d’ordre… Avant, on ne pouvait pas y prétendre car un applicateur engage sa responsabilité sur la qualité de la préparation de surface, il ne prend donc pas un abrasif non certifié. Aujourd’hui SCORX se substitue directement aux abrasifs importés, à performance équivalente voire meilleure, comme le prouvent les tests.

Le double bénéfice est là : chaque tonne de SCORX vendue, c’est une tonne d’abrasif qui n’est plus importée et donc une tonne de scorie qui sort du stock plutôt que de rester en verse. Le tout produit à 100 % à l’énergie solaire, ce qui est, à notre connaissance, unique pour ce type de produit. C’est cette approche qui nous avait déjà valu en 2023, à Auckland, le prix « Startup Impact » des French Tech NZ Awards qui distingue les startups à impact environnemental réel. Une belle reconnaissance !

Vous présentez la scorie comme un matériau d’avenir pour la construction maritime dans le Pacifique : béton plus résistant, moindre empreinte, réduction des coûts d’infrastructure. À quel stade en est le développement sur les marchés voisins et quels sont les premiers territoires ou partenaires que vous ciblez pour l’export ?

C’est un axe de recherche et de développement, à distinguer clairement de notre activité abrasif qui, elle, est certifiée et commercialisée aujourd’hui. Le raisonnement est simple : la scorie est un matériau lourd et, au-delà d’un certain rayon, le fret mange la valeur. Notre marché naturel est donc le Pacifique insulaire et c’est précisément là que le besoin est le plus fort ! Les îles de la région font face à l’érosion côtière et à la montée des eaux et doivent construire des ouvrages de protection. Or, la plupart n’ont pas de ressource granulaire de qualité : elles importent leurs matériaux à prix fort ou prélèvent localement du sable et du corail avec l’impact environnemental que l’on imagine…

La scorie de nickel calédonienne apporte une réponse à ce problème : c’est un matériau dense, dur, résistant à l’abrasion et chimiquement stable en milieu marin ; en génie côtier, la densité est le paramètre déterminant pour la stabilité d’un enrochement : à taille de bloc égale, un matériau plus dense résiste à une houle plus forte. Sur la base des formules classiques de dimensionnement, un bloc de béton de scories de nickel ressort de l’ordre de 50 % plus stable qu’un bloc de béton standard de même volume ; autrement dit, il faut environ un tiers de matière en moins pour une protection équivalente. Par ailleurs, nous travaillons également sur son usage comme granulat et comme addition dans les bétons.

ScorX certification ISO Nouvelle-Calédonie
Différents granulats de ScorX pour différents usages commercialisés par © RESCO

Nous avons plusieurs millions de tonnes disponibles en Nouvelle-Calédonie ; nos premières cibles naturelles sont les îles voisines du Caillou et nous cherchons aujourd’hui deux choses en priorité : des partenaires industriels ou institutionnels pour un premier ouvrage pilote et un partenariat de recherche pour valider et publier les performances du matériau. C’est cette validation scientifique qui débloquera les prescripteurs.

Le 3 septembre, vous avez pitché ScorX en anglais devant des investisseurs, chercheurs et décideurs australiens et régionaux, dans le cadre du side-event BlueTech organisé par la French Tech NC. Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté en termes de retours, de contacts, et de regard sur votre propre projet ?

De cette soirée anglophone, nous en avons tiré deux enseignements ; d’abord une confirmation : l’intérêt pour l’application maritime a été immédiat et est venu de plusieurs profils différents, ce qui nous conforte dans le choix d’en faire un axe prioritaire. Ensuite, un recadrage utile : ce qu’attend cette audience, ce n’est pas une promesse, c’est de la donnée validée. Le vrai chemin critique de notre projet, ce n’est pas le marché car il existe mais c’est bien la validation scientifique et normative du matériau en usage maritime.

Nous en sortons avec quelques contacts qualifiés avec qui l’échange va se poursuivre et, surtout, une conviction : ce projet ne se fera pas seul ! Nous sommes ouverts à toute discussion avec des laboratoires, des bureaux d’études, des industriels du BTP dans la région ou des investisseurs intéressés par notre projet. On peut nous joindre via www.resco.nc ou sur direction@resco.nc.

Pour terminer, je tiens à remercier la French Tech NC pour l’organisation de ce side-event BlueTech : ce type de format, qui met des porteurs de projet calédoniens directement face à un écosystème régional est un réel accélérateur pour nos projets.