Le 3 septembre 2026, dans le sillage du forum international « From UNOC-3 to COP31 » co-organisé par l’AFRAN à Nouméa, la French Tech Nouvelle-Calédonie réunissait chercheurs, décideurs et investisseurs australiens et régionaux à la Station N pour un side-event entièrement dédié à la BlueTech. L’occasion était rare… et les entrepreneurs calédoniens invités à pitcher l’ont saisie : pendant deux heures, en anglais, face à une audience venue débattre de résilience climatique et de protection des océans, quatre projets locaux ont pris la parole pour prouver que le Caillou, lui aussi, a des réponses à apporter au Pacifique.

La soirée s’est ouverte sur une présentation de la French Tech Nouvelle-Calédonie par sa directrice générale, Aurore Klepper, qui a brossé un panorama de l’écosystème entrepreneurial local et des dispositifs d’accompagnement disponibles sur le territoire avec un focus sur le Hub Pacific Tech, un projet de régionalisation des solutions innovantes porté par la nouvelle Capitale French Tech pour le Pacifique. Lionel Loubersac, secrétaire de la FTNC, a ensuite partagé une intervention plus longue, centrée sur les enjeux et les contours de la BlueTech à l’échelle régionale, en introduisant notamment le projet d’annuaire BlueTech du Pacifique, un outil de mise en réseau des acteurs innovants de l’économie bleue pensé pour structurer des collaborations encore trop éparses dans la zone. Vint ensuite un « open pitch » de quatre entrepreneurs présents…

Halophyte Solutions NC, où comment cultiver à l’eau de mer

Honneur aux dames avec Pauline Bonaventure qui a ouvert cette « pitch session » sur une question provocatrice : et si on cultivait des plantes à haute valeur nutritionnelle avec de l’eau de mer, sans une goutte d’eau douce ? Ainsi, les halophytes, plantes adaptées aux milieux salins et arides, constituent la réponse qu’elle explore depuis plus de quatre ans de recherches en Nouvelle-Calédonie, et la jeune femme s’intéresse notamment sur leur capacité à fixer les métaux lourds à l’interface terre-mer. Des halophytes capables de dépolluer les baies minières par exemple ?

Docteure en biologie, Pauline a fondé Halophyte Solutions NC en 2024 et développe aujourd’hui une ferme pilote avec un système de culture contrôlée alimenté uniquement à l’eau de mer, cette dernière étant rejetée aussi propre qu’elle est arrivée. Riches en oméga-3, oméga-6 et antioxydants, ces plantes ouvrent ainsi des applications qui vont de l’alimentation à la bioremédiation des métaux lourds, en passant par la protection côtière – pour ne citer que ces bienfaits ; une vision large, portée avec l’ambition de faire de la science le levier qui donnera à ces végétaux encore méconnus la reconnaissance mondiale qu’ils méritent. Pauline cherche aujourd’hui des partenaires en Australie et en Nouvelle-Zélande pour accélérer les essais comparatifs entre espèces similaires et ancrer les travaux dans des conditions réelles comme elle l’a précisé en conclusion.

« Et si on cultivait des plantes à haute valeur nutritionnelle avec uniquement de l’eau de mer ? » – Pauline Bonaventure, Halophyte Solutions NC

RESCO / ScorX : quand la scorie nickel se réinvente en ressource maritime

Difficile d’imaginer, a priori, que les résidus de l’industrie minière nickelière puissent devenir un atout pour la construction maritime durable ! C’est pourtant la piste que creuse Steve Corroyer et ses associés avec ScorX : un abrasif de sablage certifié, produit à 100% sur énergie solaire à partir de scories locales qui se révèle 40% plus efficace que les abrasifs importés, une performance directement liée à la dureté intrinsèque du matériau, classé entre 6 et 7 sur l’échelle de Mohs, contre seulement 3 pour le sable ordinaire.

Utilisée comme granulat de substitution dans le béton, la scorie ouvre des perspectives considérables pour les infrastructures maritimes : 11% plus lourde que les granulats naturels, elle produit des structures 56% plus résistantes aux chocs de vague, avec une porosité réduite qui améliore significativement leur durabilité en milieu marin. Pour les digues, les blocs d’enrochement ou les quais du Pacifique, c’est une piste de décarbonation concrète qui transforme un déchet industriel local en solution de protection côtière. Steve a conclu son pitch en précisant habilement que RESCO cherche aujourd’hui des partenaires pour développer ce marché dans la région. Le message est passé !

« Ce qui rend notre abrasif si efficace, c’est exactement la même qualité qui fera durer vos structures plus longtemps. » – Steve Corroyer, RESCO / ScorX

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Tauhā, des sentinelles du territoire depuis l’espace

Rémi Andreoli a ouvert son pitch par un constat qui résonne dans toute la région : le changement climatique est là, ses effets s’accélèrent – cyclones plus intenses, érosion côtière, dégradation de la qualité des eaux etc. -, mais la capacité d’adaptation des territoires insulaires reste prisonnière de cycles trop lents, où l’on commande une étude, reçoit un rapport des semaines plus tard et décide d’agir alors que la situation a déjà évolué ; l’analogie qu’il a proposé est parlante : personne ne consulterait une météo publiée il y a dix jours pour décider quoi porter ce matin !

« Imaginez qu’on fasse la même chose avec la météo : on commande une étude le 3 pour connaître le temps du lendemain, on reçoit le rapport le 5, on décide quoi mettre le 10 — et le 11, le temps a déjà changé. Voilà comment fonctionne encore l’adaptation aujourd’hui. » – Rémi Andreoli, Tauhā

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Fort de ce constat, la réponse novatrice de Tauhā, ce sont des stations autonomes de surveillance continue qui transforment des données satellitaires, principalement issues des constellations européennes, croisées avec d’autres sources, en alertes opérationnelles quasi en temps réel : qualité de l’eau pour les fermes aquacoles, risques d’érosion côtière, conditions anormales sur des zones spécifiques… Actuellement, deux projets sont en cours : l’un en Polynésie française pour surveiller la fragmentation du littoral et la qualité de l’eau aquacole, soutenu par le Space for Climate Observatory ; l’autre en Nouvelle-Calédonie, pour la détection précoce de l’érosion dans les vallées.

MAGIS… et si on observait ce qui se passe vraiment dans nos eaux ?

La mer de Corail fait 1,3 million de kilomètres carrés, soit deux fois la superficie de la France métropolitaine, et, quand le Parc naturel qui la protège a été créé, ses gestionnaires ne savaient presque rien de ce qui s’y passait réellement : combien de bateaux circulaient, lesquels, où, pour quoi faire…? C’est ce « vide » que MAGIS a commencé à combler en 2021 avec un logiciel de surveillance continue des zones marines protégées qui a, depuis, collecté plus de 17 millions de positions de navires.

Fort de cette technologie éprouvée, la plateforme permet désormais aux gestionnaires de visualiser les mouvements en temps réel, de rejouer des situations passées et, surtout, d’anticiper : le système calcule les trajectoires des navires et envoie des alertes automatiques – texte et images – dès qu’une intrusion dans une zone sensible est imminente. De plus, pour détecter les navires qui se soustraient à l’AIS, MAGIS fusionne les données de multiples capteurs : satellites radar, satellites optiques, radiofréquences, capteurs acoustiques, caméras et intelligence artificielle etc…

Et Yann-Éric Boyeau, son directeur, ne s’est pas arrêté là et a présenté une innovation supplémentaire, développée en partenariat avec Island Robotics, qui permet d’équiper les navires de pêche d’un boîtier qui envoie au système les positions détectées par leur radar de bord faisant ainsi des pêcheurs des sentinelles à part entière du lagon. Fort de cette expérience dans le Pacifique français, Yann-Éric Boyeau cherche désormais à étendre la plateforme à d’autres territoires de la région et travaille actuellement à un projet de coopération en Australie.

« Aucun territoire ne peut protéger ses eaux tout seul. » – Yann-Éric Boyeau, MAGIS

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© Innovation NC / gouvernement de la Nouvelle-Calédonie

Une vitrine régionale qui donne le ton

En une soirée, ce side-event BlueTech aura montré quelque chose d’important : la Nouvelle-Calédonie dispose d’entrepreneurs capables de défendre leur innovation devant une audience internationale, en anglais, avec précision et ambition, et que les projets en question ne répondent pas à des défis abstraits mais bien aux grandes questions que le Pacifique devra résoudre dans les décennies qui viennent.

À leurs côtés, la Marine Nationale est également venue présenter la Mission Bougainville, rappelant que la présence française dans le Pacifique s’appuie aussi sur une connaissance fine et une surveillance active de ces territoires maritimes d’exception. Pour le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et les équipes d’innovation.nc, le message de cette soirée est clair : la coopération régionale avec l’Australie et le Pacifique ne se construit pas seulement dans les enceintes diplomatiques et les forums institutionnels : elle se noue aussi, concrètement, aux côtés des entrepreneurs… pitch après pitch !

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