Ingénieur stations sol au CNES et chef de projet du télescope TAROT en Nouvelle-Calédonie, Guillaume Chavanas parcourt le monde pour assurer la maintenance et le bon fonctionnement des équipements spatiaux du Centre national d’études spatiales. Installé depuis mai 2024 sur l’aérodrome de Ouatom, à La Foa, TAROT NC est le quatrième maillon d’un réseau mondial de télescopes robotisés qui scrute les explosions d’étoiles et surveille les débris spatiaux en orbite. Il nous en explique les enjeux…

BONJOUR GUILLAUME. POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER ET NOUS DÉCRIRE VOTRE MÉTIER AU CNES ?

Bonjour. Au CNES, notre métier est généralement présenté comme celui d’ingénieur stations sol plutôt que d’ingénieur radiofréquence, même si je suis effectivement ingénieur radiofréquence de formation. Par station sol, on entend l’ensemble des infrastructures qui permettent de communiquer avec les satellites ou d’observer l’espace. Dans mon cas, je suis responsable technique d’un observatoire astronomique situé en Nouvelle-Calédonie, mais je travaille également sur plusieurs projets liés aux antennes.

Mon rôle consiste à garantir le maintien en condition opérationnelle de ces infrastructures, qu’il s’agisse de télescopes ou d’antennes. Cela signifie veiller à leur disponibilité, assurer leur maintenance, piloter leurs évolutions techniques et résoudre les éventuels incidents. Nous menons aussi des projets d’installation pour agrandir des réseaux d’antennes ou de télescopes déjà existants.

Mon activité se partage entre deux volets : le maintien en condition opérationnelle, qui garantit le bon fonctionnement quotidien des stations tout en pilotant leurs évolutions, et la maintenance des infrastructures existantes ainsi que la mise en œuvre de leurs évolutions, notamment lors de missions sur site.

TAROT

VOTRE MISSION VOUS AMÈNE À PARCOURIR LE MONDE. QUELS SONT LES ENJEUX TECHNIQUES DE CES DÉPLACEMENTS ?

Le principal enjeu est de réduire les risques de panne tout en faisant évoluer les installations pour les rendre plus résilientes et plus performantes. L’objectif est de limiter autant que possible les interventions sur site en améliorant la fiabilité des équipements et en s’appuyant, lorsque c’est possible, sur des équipes locales pour assurer les opérations de maintenance courante.

Au CNES, nous exploitons des infrastructures réparties partout dans le monde, sur des sites plus ou moins isolés, et parfois très isolés. Nous avons par exemple de petites antennes installées sur certains atolls quasiment inhabités, où les capacités de maintenance locale sont très limitées. Avant de déployer un équipement, nous devons nous assurer qu’il est le plus fiable et le plus robuste possible afin de limiter les risques de panne.

Pour les infrastructures plus importantes, comme nos grandes antennes paraboliques, nous privilégions des sites où il existe un tissu industriel capable d’assurer un minimum de support local. Les télescopes entrent également dans cette catégorie : ce sont des systèmes complexes qui nécessitent, au minimum, une surveillance et des interventions de premier niveau réalisées localement pour garantir leur bon fonctionnement. Nous nous appuyons énormément sur des professionnels locaux. Ils sont indispensables pour assurer les interventions de proximité et maintenir les stations opérationnelles au quotidien.

POUVEZ-VOUS NOUS EXPLIQUER CE QU’EST LE RÉSEAU TAROT, COMMENT IL FONCTIONNE ET QUELLE EST SA MISSION SCIENTIFIQUE ?

TAROT Nouvelle-Calédonie est le dernier télescope installé au sein d’un réseau mondial de quatre télescopes répartis à travers le monde : TAROT Calern en France, TAROT Chili, TAROT La Réunion et TAROT Nouvelle-Calédonie.

Il s’agit d’un réseau de télescopes entièrement automatisés, capables de fonctionner de manière autonome, sans intervention humaine. Ces télescopes ont été développés pour la recherche des émissions rémanentes des sursauts gamma, avec le CNRS comme principal utilisateur scientifique. Ils sont également utilisés par le CNES dans le cadre de la surveillance de l’espace : observation des débris spatiaux, analyse du trafic orbital et évaluation des risques de collision entre satellites et débris.

POURQUOI LA NOUVELLE-CALÉDONIE ET QU’APPORTE CE QUATRIÈME SITE AU RÉSEAU MONDIAL ?

Les phénomènes que nous observons peuvent survenir à tout moment et dans n’importe quelle région du ciel. Il est donc indispensable de disposer de plusieurs télescopes répartis autour de la Terre afin d’assurer une couverture du ciel la plus continue possible.

Le ciel de Nouvelle-Calédonie, hors Nouméa, répond pleinement à nos besoins en astronomie et en surveillance de l’espace. J’ai pu le confirmer moi-même en mission : le ciel est magnifique !

AU-DELÀ DES SURSAUTS GAMMA, LE CNES UTILISE TAROT POUR SURVEILLER LES DÉBRIS SPATIAUX. POUVEZ-VOUS NOUS EXPLIQUER CET ENJEU ?

Il y a trente ans, quelques centaines de satellites étaient en orbite. Aujourd’hui, on compte des dizaines de milliers de satellites actifs ou en préparation, notamment avec les méga-constellations destinées à l’accès Internet. En parallèle, des millions de débris spatiaux orbitent autour de la Terre. Il existe donc de nombreux risques de collision impliquant des satellites scientifiques, météorologiques ou d’observation de la Terre. L’une des missions du CNES est de détecter ces objets en orbite, de suivre leur trajectoire et d’évaluer les risques de collision afin de pouvoir anticiper et, si nécessaire, mettre en œuvre des manœuvres d’évitement.

Pour les mêmes raisons que pour l’observation des sursauts gamma, le Pacifique Ouest n’était jusqu’alors couvert par aucun télescope du réseau. Grâce à cette implantation, le réseau TAROT est capable d’assurer une observation quasi continue du ciel. Il y a toujours au moins un télescope TAROT en activité quelque part sur Terre, au fur et à mesure que la nuit tourne autour de la Terre.

QUE REPRÉSENTE TAROT NC POUR VOUS ET QUEL MESSAGE SOUHAITERIEZ-VOUS ADRESSER AUX CALÉDONIENS ?

Je suis très content que TAROT NC soit aujourd’hui pleinement opérationnel. C’est un observatoire sur mesure, une véritable pièce d’artisanat. Le télescope a été capricieux la première année, mais depuis, après plusieurs missions de « rafistolage », il est devenu très autonome. Cela n’a été possible que grâce à l’équipe locale calédonienne et au maître d’œuvre du télescope, qui est un vrai artisan de l’astronomie !

Je ne prétends pas que le télescope soit indispensable pour la Nouvelle-Calédonie. Mais nous essayons de faire de notre mieux pour faire découvrir la science de l’univers et des débris spatiaux à ceux que cela intéresse, sur place. C’est un domaine passionnant, qui concerne tout le monde.

Aux étudiants, je dis : n’hésitez pas à vous lancer ! Ce n’est pas forcément un domaine réservé aux chercheurs ou aux diplômes très spécialisés. Des formations techniques suffisent pour postuler dans le secteur spatial. Personnellement, j’ai commencé avec un bac technologique et un diplôme de technicien en génie électrique, avant d’avoir la chance de faire une formation d’apprenti ingénieur.

Sur le plan personnel, j’ai surtout découvert un nouveau territoire et des gens formidables. En métropole, on parle assez peu de ces territoires, alors que ce sont de vrais bijoux. J’ai voyagé dans de nombreux endroits dans le monde et la Nouvelle-Calédonie est sans doute ma destination préférée à ce jour. Je n’ai pas encore eu la chance de visiter l’île, car nos missions sont très intenses, mais j’ai pu rencontrer les habitants de La Foa, qui se sont montrés très accueillants et généreux avec nous.