La Nouvelle-Calédonie consomme environ 20 000 mètres cubes de bois par an, mais n’en produit localement que 4 000, soit moins de 20 % de couverture. Le reste est importé, représentant une facture de près d’1,5 milliard de francs CFP. Le projet InterBois NC, soutenu par France 2030 Nouvelle-Calédonie via Bpifrance, l’État et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, entend changer la donne en structurant enfin la filière de la forêt jusqu’au chantier. Retour sur une conférence de presse instructive pour une filière d’avenir au service du territoire.
« InterBois, c’est un projet de structuration de la filière forêt-bois en Nouvelle-Calédonie. L’objectif, c’est de faire converser tous les métiers pour avoir une filière qui utilise une ressource locale, qui monte en compétence et qui puisse répondre à tous les besoins du territoire. » – Emma Do Khac, coordinatrice du projet Interbois NC
Le projet s’articule autour de trois axes principaux : la constitution d’une interprofession bois représentative de toute la chaîne de valeur, la levée des freins techniques, réglementaires et d’image qui pèsent encore sur le marché et le développement de produits innovants, dont, potentiellement, du lamellé-collé fabriqué localement.
Une décennie de travail de fond pour y arriver et… quelques freins à lever
Si InterBois marque un tournant, il capitalise sur une décennie de structuration menée par l’Agence rurale et les acteurs de la filière. Certification des produits sciés dès 2019, inscription au référentiel calédonien de la construction (RCNC), plans de formation, caractérisation complète de la ressource sur quatre gisements principaux, aptitude au collage du pin local testée avec deux fournisseurs agréés… soit autant d’étapes qui ont permis de lever, un à un, les obstacles à l’utilisation du pin calédonien dans la construction.
« L’objectif est clair : que cette filière se concrétise pleinement depuis le plant jusqu’à la pièce de charpente et qu’elle puisse s’inscrire durablement dans le paysage économique de la Nouvelle-Calédonie. » – Julien Barbier, Directeur adjoint de l’Agence Rurale
Aujourd’hui, trois scieries structurent l’amont de la filière – Bois du Nord, Scierie Mathieu et Scierie Barbot – regroupées depuis 2018 sous le Groupement des forestiers calédoniens qui emploient à elles seules une cinquantaine de personnes. Le potentiel de développement, de la pépinière à la commercialisation, est estimé à plusieurs centaines d’emplois supplémentaires à moyen terme.
« Nous avons une ressource locale et renouvelable, disponible en grande quantité sur tout le territoire. Il y a une réelle place qui existe, porteuse de plusieurs dizaines de métiers différents — une vraie valorisation locale, et même pour l’après-nickel. » – Charles Lheureux, directeur d’exploitation de Bois du Nord et représentant du Groupement des forestiers calédoniens
Parmi les freins à lever, l’un revient dans toutes les conversations : la termite. Ce nuisible endémique a durablement entaché l’image de la construction bois en Nouvelle-Calédonie. Dans ce context, InterBois entend s’en emparer de front en s’inspirant notamment de l’exemple réunionnais dans lequel une mobilisation collective de la filière a permis, en une vingtaine d’années, d’inverser la tendance et de relancer la construction bois. Traitement certifié, choix raisonné des essences, mise en œuvre qualifiée : les solutions existent et seront au cœur du volet innovation du projet.
« Il y avait pas mal de freins qui sont quasiment tous levés. On a un boulevard devant nous pour utiliser le pin Calédonia — et on est ici aujourd’hui pour vous montrer que c’est possible. » – Manuel Henry, représentant des charpentiers / Cluster Éco-Construction, dirigeant de l’entreprise HMC.
La preuve par l’acte : la charpente de l’OCEF
C’est dans l’atelier de l’entreprise Séquoia, à Nouméa, que la conférence de presse s’est tenue. Autour des participants, des grandes pièces de charpente en pinus calédonien sont exposées : elles sont destinées à couvrir la future plateforme de compostage de l’OCEF (Office de Commercialisation et d’Entreposage Frigorifique). Un chantier emblématique, rendu possible par la variante bois proposée par le bureau d’études Équilibre Bois, face à une conception initiale en métal.
« La variante bois a été choisie en premier lieu parce qu’elle était l’offre la plus performante au regard des critères de notre marché ; elle a obtenu la meilleure note en termes de prix, la meilleure en termes de notice technique. » – Adeline Cretin, Directrice administrative de l’OCEF
Sur dix offres reçues, c’est bien la solution locale en pin calédonien qui s’est impose, symbole d’une victoire symbolique pour la filière et la démonstration que le bois calédonien peut rivaliser avec le métal, même sur des marchés publics.
Au-delà de l’enjeu économique, construire en bois local est aussi un acte environnemental fort car le bois est « le seul matériau, par rapport au béton et au métal, à être un piège à carbone ». Construire en bois local, c’est non seulement éviter des importations coûteuses mais aussi stocker du CO₂ dans les bâtiments du territoire sont des arguments de poids dans un contexte de transition écologique.
Sur les trois années du projet, InterBois NC s’appuiera sur l’expertise de Fibois France, la fédération nationale des interprofessions forêt-bois et outre-mer, dont une première mission en Nouvelle-Calédonie est prévue la semaine du 20 au 24 juillet. Une étape clé pour définir la forme juridique et la gouvernance de la future interprofession, dont le nom même pourrait évoluer au fil des échanges avec l’ensemble des acteurs.
Construire avec du matériau local
La cible est claire : faire passer la part du bois dans la construction de 10 % aujourd’hui à 15%, voire 20 % et porter la production locale bien au-delà des 4 000 mètres cubes actuels. Un chemin encore long, mais en cours de balisage. Avec InterBois NC, la filière forêt-bois calédonienne a désormais une feuille de route, des financements et des preuves concrètes que c’est possible. Il n’y a plus qu’à !