Le 3 septembre 2026, dans le cadre du forum international « From UNOC-3 to COP31 : Science, Evidence, Pacific Resilience and Southern Connections » co-organisé par l’AFRAN à Nouméa, trois porteurs de projets Innovation NC ont pris la parole lors des panels scientifiques de l’après-midi. Organisé par l’IRD, l’Université de la Nouvelle-Calédonie, le CRESICA et la Ville de Nouméa, ce forum réunissait des scientifiques, décideurs, leaders autochtones et acteurs du développement de toute la région Pacifique autour d’une question centrale : comment la science peut-elle soutenir la résilience climatique et la préservation des océans en amont de la COP31 ? La Nouvelle-Calédonie n’y était pas seulement représentée, elle y a apporté des réponses.
Panel 5 – La ferme corallienne calédonienne face aux grands défis de la restauration récifale
Animé par Jason Deschamps (Initiative Kiwa / ONF International), le Panel 5 consacré aux solutions fondées sur la nature a réuni des chercheurs autour des solutions de restauration des écosystèmes côtiers dans le Pacifique.
Biocénose, en partenariat avec l’IRD, y a présenté les travaux menés sur la ferme corallienne, projet lauréat du programme Territoires d’Innovation NC. La Dr. Fanny Houlbrèque (IRD / UMR Entropie, physiologiste des coraux) a porté la parole de Biocenose aux côtés du Prof. Cyril Marchand (UNC, biogéochimiste des mangroves), du Prof. Melanie Bishop (Macquarie University, écologie côtière et « living seawalls ») et du Prof. Chalapan Kaluwin (PNG University of Technology, en visioconférence).
« L’objectif est de découvrir par l’expérimentation, pas juste par de grandes équations théoriques. » – Dr. Fanny Houlbrèque, IRD / UMR Entropie

Les échanges ont mis en lumière la complexité des solutions de restauration récifale : adapter les interventions aux conditions locales, associer les communautés à leur mise en œuvre et à leur maintenance dans le temps et démontrer leur impact pour attirer des financements durables. Autant de défis que Biocénose affronte depuis le lagon calédonien.
Panel 6 – Catamarine, ou la décarbonation maritime pensée depuis le Caillou
Animé par le Prof. Thierry Taliercio (physicien, UNC), le Panel 6 consacré aux transitions énergétiques a rassemblé des experts de l’énergie, de l’aviation et des biocarburants autour d’un constat partagé : les territoires insulaires du Pacifique sont parmi les plus exposés aux enjeux de transition énergétique et parmi les moins bien équipés pour y répondre seuls.
Thomas Seivert, co-gérant de Catamarine, y a présenté la solution développée depuis la Nouvelle-Calédonie : des catamarans construits en composite de bambou en nid d’abeille, un matériau local, léger, résistant à l’environnement marin et en cours de certification avec le Bureau Veritas, avec un objectif d’industrialisation du procédé à l’échelle régionale.

« Nous combinons expérience de construction navale locale, ingénierie et design digital pour produire des bateaux légers. Notre objectif est de rendre le process industriel et d’avoir un impact dans le Pacifique. » – Thomas Seivert, co-gérant de Catamarine
Il intervenait aux côtés du Prof. Kenneth Baldwin (ANU, en visioconférence), de Philippe Mehrenberger (directeur général d’EEC Engie), de Yann Genay (responsable RSE, Aircalin) et de Caroline Nicolleau (ADEME).
Panel 7 – Le programme TI-NC comme modèle de financement de la résilience insulaire
Animé par la Dr. Dominique Benzaken (ANCORS, Université de Wollongong), le Panel 7 consacré au financement de la science et de la résilience a posé une question que tous les territoires insulaires du Pacifique se posent : qu’est-ce qui bloque l’innovation et la connaissance de devenir un investissement ?
Coraline Aze, cheffe de projet au Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, y a répondu à travers sept ans d’expérience du programme Territoires d’Innovation NC.
« La biodiversité n’est pas un simple thème que nous avons ajouté au programme, c’est la raison pour laquelle le programme existe. L’ambition est de faire de sa prévervation et valorisation un moteur de développement économique. » – Coraline Aze, cheffe de projet, Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
En 2019, la Nouvelle-Calédonie est devenue le seul territoire d’outre-mer retenu parmi les vingt-quatre lauréats nationaux du programme Territoires d’innovation, portée par deux atouts : un patrimoine naturel exceptionnel avec un lagon classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et un écosystème de recherche structuré autour de l’IRD, l’IFREMER, le CNRS, l’UNC et l’IAC au sein du CRESICA.
Depuis 2019, le programme a mobilisé six millions d’euros de subventions à travers quatre appels à projets, sélectionné 28 projets tous liés à la protection ou à la valorisation de la biodiversité et décaissé 71 % des financements.
« Le dispositif dépense ; il ne fait pas que des annonces. » – Coraline Aze
Pour accompagner le passage de la preuve de concept au développement, TI-NC Investissement a été créé : un mécanisme de co-investissement de dix millions d’euros avec la Banque des Territoires et Invest in Pacific, le capital public venant abonder le tour de table privé à hauteur de 500 000 euros par entreprise. En avril 2026, les premières opérations ont été bouclées : Agrilogic a levé 71,2 millions de francs CFP et La Case du Miel 28,6 millions de francs CFP, soit environ 836 000 euros au total.
« La maturité pour l’investissement se construit et prend du temps. Il a fallu sept ans de soutien public pour réduire les risques avant que les premiers tours de table puissent se conclure. » – Coraline Aze
Coraline Aze a également documenté quatre freins persistants entre la preuve de concept et le déploiement réel. La taille des marchés insulaires, insuffisante pour couvrir les coûts de R&D. L’accès au capital, faute de marché local de capital-risque : entre la subvention et les fonds propres, les entreprises se retrouvent bloquées sans investisseur de référence. Des chaînes de valeur incomplètes – tests, certification, transformation, logistique – ne sont pas toujours possibles localement, ce qui empêche un concept prouvé de se développer sans quitter le territoire. Et le quatrième frein, le plus structurant pour ce panel : l’absence de données environnementales de référence partagées sur les écosystèmes où ces projets opèrent. Sans elles, l’impact ne peut être mesuré et reste donc absent des décisions d’investissement.
« Trois de ces quatre freins ont besoin d’argent. Le quatrième a besoin de science et c’est ce que cette salle peut apporter. » – Coraline Aze

Ce que la Nouvelle-Calédonie propose : un modèle transférable, construit sur sept ans, du financement public à l’investissement en fonds propres adossé à la biodiversité ; une offre de coopération régionale sur la conception des appels à projets, l’évaluation des dossiers et la gouvernance d’un véhicule de co-investissement public-privé ; et le traitement des données environnementales partagées du Pacifique comme une infrastructure d’investissement.
« Nous n’apportons pas de l’argent à la région. Nous offrons sept ans d’expérience et nous demandons les données qui rendraient notre impact finançable. » – Coraline Aze
Elle intervenait aux côtés du Dr. Jeffrey Noro (Université de Melbourne), de Carine Borel (attachée pour la science et l’enseignement supérieur, Ambassade de France en Australie), de Sophie Soejitno (AFD) et du Prof. Pascal Marty (CNRS).
Une présence qui compte
En une après-midi, ce forum aura montré quelque chose d’important : la Nouvelle-Calédonie dispose de porteurs de projets capables de défendre leur innovation devant une audience scientifique internationale et les projets en question ne répondent pas à des défis abstraits mais bien aux grandes questions que le Pacifique devra résoudre dans les décennies qui viennent. La ferme corallienne, les catamarans en bambou et les dispositifs de financement de l’innovation locale sont des réponses concrètes, nées sur le Caillou, qui ont toute leur place dans ces débats.

Pour le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et les équipes d’innovation.nc, le message de cet après-midi est clair : la coopération régionale avec l’Australie et le Pacifique ne se construit pas seulement dans les enceintes diplomatiques, elle se noue aussi dans les panels scientifiques, projet après projet.